Coffee & lifestyle nantais

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Relairtoute La Rochepot

La Nationale 6 dans le rétroviseur :

Une histoire de famille entre Restoroute et Relairoute


Il y a des histoires de famille qui traversent les albums photo.

La mienne sent les vacances, le café servi à toute heure, les frites, le ketchup et les longs trajets sur la Nationale 6.

Bien avant les autoroutes, la N6 était la grande route des départs. Celle qui reliait Paris à Lyon puis au sud de la France. Chaque été, des milliers d’automobilistes l’empruntaient, chargés de valises, d’enfants, de rêves de Méditerranée et de vacances.

Au milieu de cet axe mythique, mes grands-parents, la famille Nuvoli, ont participé à une aventure un peu folle.

À Rouvray, en Bourgogne, ils reprennent un établissement qui s’appelle alors le Relais de l’Empereur. On raconte que Napoléon lui-même y aurait fait étape lors du retour des Cent-Jours. Le lieu conservait d’ailleurs quelques souvenirs de cette époque, dont un tricorne qui fascinait les visiteurs.

Mon grand-père voit plus loin qu’une simple auberge de bord de route. Avec l’essor de l’automobile, il imagine un concept nouveau : permettre aux voyageurs de se restaurer pendant que leur voiture fait le plein ou bénéficie de quelques services. Le Relais de l’Empereur devient ainsi le Restoroute de la Croisée, considéré comme le premier Restoroute de France. Le succès est au rendez-vous.

À ses côtés, la station-service Ozo, qui reprendra ensuite l’exploitation du Restoroute.

Quelques années plus tard, mes grands-parents quittent Rouvray pour ouvrir le premier Relairoute, sur l’aire de Bel-Air, à La Rochepot, toujours sur la Nationale 6.

C’est là que s’écrira une grande partie de notre histoire familiale.

Le Relairoute devient une étape incontournable pour les vacanciers qui descendent vers le sud. On y croise des familles, des représentants de commerce, des routiers, mais aussi des artistes et des personnalités de passage. Ma grand-mère conservait plusieurs livres d’or remplis de signatures et d’autographes qui témoignaient de cette époque où toute la France passait par la Nationale 6.

Dans le même temps, à Rouvray, un ami de mon grand-père, Jean Loisier, développe une idée inspirée de ce qu’il a observé sur cette route. Cette aventure donnera naissance au premier Courtepaille.

Dans la famille, on raconte souvent que mon grand-père avait partagé généreusement ses idées sans jamais chercher à les protéger ou à en tirer profit. Il était comme ça : bâtisseur, enthousiaste, davantage tourné vers les projets que vers la propriété des concepts. Et des idées, il en avait plein !

À peu de chose près, une partie de cette histoire aurait pu prendre un autre chemin.

Mais avec le recul, je ne regrette rien.

Car si Courtepaille est devenu une enseigne nationale, le Relairoute nous a laissé quelque chose de plus précieux : des souvenirs.

Ma mère, mes tantes, oncles, mes grands-parents ont fait vivre ce lieu pendant des années. Et ce n’est sans doute pas un hasard si mes parents s’y sont rencontrés. Quand j’y pense aujourd’hui, je me dis que sans le Relairoute, mon histoire personnelle aurait peut-être été tout autre.

J’y ai passé une partie de mon enfance avec mes cousins et cousines. Sur une vieille photo, on me voit assise devant mon plateau-repas dans la salle du restaurant. Une image simple, mais qui résume tout.

Les grandes baies vitrées, les voitures garées devant, le ballet incessant des voyageurs, l’odeur du café, les repas servis à toute heure, les départs en vacances et les retours de voyage.

Le Relairoute a même connu son moment de cinéma. Une scène du film Le Cercle Rouge y a été tournée avec Alain Delon.

Mais dans la famille, nous retenons surtout un autre événement. Pendant le tournage, ma mère n’était pas au restaurant. Elle était à la maternité.

Mon frère venait de naître.

Finalement, cette anecdote résume assez bien ce qu’était le Relairoute : un lieu où se croisaient la grande histoire, le cinéma, les voyageurs de passage et les histoires familiales.

Aujourd’hui, quand je regarde ces photos, je ne vois pas seulement des restaurants au bord d’une route.

Je vois un morceau de l’histoire de ma famille.

Je vois mes grands-parents qui ont contribué à inventer une nouvelle façon de voyager. Je vois les générations qui ont travaillé ensemble. Je vois les rencontres qui ont changé des vies.

Et je vois aussi une France qui a disparu. Celle de la Nationale 6 avant les autoroutes, quand le voyage faisait encore partie des vacances et que certaines étapes devenaient presque des destinations à elles seules.

Et pour ma famille, un lieu où beaucoup de choses ont commencé.

Le Relairoute, ce n’était pas seulement un restaurant. C’était un lieu de passage, un observatoire de la vie. Des centaines, puis des milliers de personnes qui s’arrêtaient quelques minutes ou quelques heures avant de reprendre leur route.

Quand je revois la photo du bar avec ses tabourets, les grandes baies vitrées, les luminaires colorés suspendus au plafond, je me dis qu’à l’époque c’était probablement un lieu moderne, presque futuriste pour beaucoup de voyageurs. Un symbole de mouvement, de vacances, de liberté.

Mes grands-parents ont participé à inventer une façon de voyager, de faire étape, de se rencontrer sur la route.

Ça, personne ne peut l’enlever.

Les enseignes changent, les sociétés sont revendues, les marques apparaissent puis disparaissent.

Mais les souvenirs d’une petite fille assise devant son plateau dans le Relairoute de ses grands-parents, eux, restent.

Peut-être aussi est-ce pour cela que je ne m’intéresse jamais seulement au lieu, mais aux personnes qui l’ont créé, aux gestes, aux rencontres, aux histoires qu’on ne voit plus quand le lieu disparaît ou change.

Finalement, entre le Relairoute de mes grands-parents et les coffee shops nantais que je documente aujourd’hui, il y a là aussi un fil conducteur assez évident : les lieux de convivialité et les gens qui les font vivre.

Je trouve même que cette histoire familiale explique en partie pourquoi je suis attirée par les cafés, les comptoirs, les restaurants indépendants, les artisans et les lieux de passage.

Quand on a grandi dans un endroit où défilaient des voyageurs, des familles, des vedettes, des routiers et des vacanciers, on développe probablement un regard particulier sur les lieux qui créent du lien.

La photo de la petite Barbara devant son plateau au Relairoute est pour moi un trésor.

Pas parce qu’elle est ancienne, mais parce qu’elle raconte que, sans le savoir, la petite fille assise là est devenue plusieurs décennies plus tard quelqu’un qui passe son temps à raconter les lieux où les gens mangent, boivent un café, se rencontrent et partagent un moment.


Si mes grands-parents n’avaient pas ouvert le Relairoute sur la Nationale 6, il est possible que mes parents ne se soient jamais rencontrés. Et que je ne sois pas là aujourd’hui pour raconter cette histoire.


Là : Article de l’Est Républicain qui parle de la Nationale 6, et un peu du Relairoute


Merci d’avoir lu jusqu’au bout.

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