Coffee & lifestyle nantais

Café de spécialité, coffee shops, portraits, belles adresses, food : le blog d’une flâneuse urbaine

Rappel : J’ai décidé de partir sur une mini-série d’articles dont l’article principal est

Pendant que le monde faisait du bruit 

Les Nuits

La Bande

Derrière le bar

Faire du bruit

Ce qui reste : épilogue

Avec le temps, forcément, beaucoup de choses disparaissent.

Les lieux ferment. Les groupes se séparent ou prennent d’autres chemins. Les nuits s’espacent. Certaines personnes qu’on pensait ne jamais perdre de vue sortent doucement du paysage. D’autres restent, parfois de loin. Et certains visages ne sont plus là du tout.

Quand on a vingt ans, on ne pense évidemment pas à ça. On vit. Et dans mon cas, je peux dire que j’ai vécu !

Il y a eu les concerts, les squats, les pogos, les nuits qui débordaient largement sur le matin. Les Bérurier Noir, Ludwig von 88, les Endimanchés et tous les autres. Pali-Kao, l’Usine, la Raya, cette bande avec laquelle on pouvait finir entassés les uns chez les autres à dormir comme des frères et sœurs.

Il y a eu Besac aussi, mes deux années à Besançon et ce boulot qui, à ce moment précis de ma vie, était probablement le boulot idéal : vingt heures par semaine, uniquement le soir, derrière le bar d’une péniche café-concert.

Des groupes passaient, on servait des verres, on écoutait les concerts et, une fois le boulot terminé, la soirée ne l’était pas forcément. On discutait, on buvait, on fumait, on riait, on refaisait le monde. Il m’est arrivé d’héberger des musiciens chez moi, de repartir vers Paris dans le camion des Bérus… Bref, les frontières entre le boulot, les copains, les groupes et la fête étaient plutôt floues. Et ça me convenait très bien, j’étais heureuse là-dedans.

(Bref, je vous en ai parlé dans les articles précédents, donc là je me répète un peu.)

Et puis la vie continue

Évidemment, je n’allais pas passer ma vie à pogoter dans des squats et à rentrer au petit matin.

Le monde a changé. Moi aussi.

Il est devenu plus rapide, plus connecté, plus cadré aussi. Paradoxalement, alors qu’on nous promet toujours davantage de liberté, j’ai parfois l’impression que tout doit désormais rentrer dans une catégorie, un format, une stratégie. Ça, ce n’est toujours pas vraiment mon truc.

Parce que s’il y a bien quelque chose qui ne m’a pas quittée, c’est mon côté réfractaire aux cases.

À l’époque, ça passait par la musique, les fringues qu’on transformait nous-mêmes, les cheveux qu’on coupait comme on voulait, les lieux qu’on investissait, le do it yourself. Et puis cette façon de ne pas tout prendre au sérieux non plus.

On pouvait très bien s’incruster dans une manifestation et se mettre à réclamer, très sérieusement : « Plus de crème dans les mille-feuilles ! » Ça ne faisait probablement avancer aucune grande cause sociale, mais ça nous faisait beaucoup rire.

Et ce goût de l’absurde, de la liberté et du pas de côté, je l’ai gardé.

Je n’ai pas perdu l’intensité : elle a simplement changé de forme.

Je n’ai plus besoin d’une sono poussée à fond pour ressentir quelque chose très fort, même si je n’ai certainement pas renié le rock pour autant (nan, nan, nan…jamais !)

Aujourd’hui, ça peut être une rencontre.

Une conversation qui devait durer dix minutes et qui se prolonge pendant une heure. Quelqu’un qui me raconte son parcours, un lieu dans lequel je me sens immédiatement bien. Ou, oui, un café.

Parce qu’il s’est passé quelque chose d’assez inattendu dans ma vie : le café, que je n’aimais d’ailleurs pas particulièrement autrefois, est devenu l’un de mes terrains de curiosité favoris.

Et quand j’entre dans un coffee shop aujourd’hui, je crois que mon vieux réflexe est toujours le même. Je regarde. Pas pour juger si tout est parfait ou cocher des cases.

Je regarde comment le lieu vit.

La personne derrière le comptoir. La façon dont elle prépare un V60, règle un moulin, discute avec quelqu’un qui vient d’entrer. Les habitués. Celui qui travaille seul dans un coin. La conversation qui démarre au comptoir. Le petit détail qui n’était certainement pas prévu dans la communication Instagram du lieu mais qui, moi, va justement m’intéresser. C’est souvent là que je trouve l’histoire.

Le lien, toujours

Je crois que c’est aussi pour ça que les coffee shops me plaisent autant.

Bien sûr, il y a le café. J’ai appris à le goûter, à reconnaître des origines, des méthodes, des profils aromatiques. Je peux m’enthousiasmer pour un Éthiopie lavé ou regarder avec intérêt quelqu’un préparer un filtre.

Mais si ce n’était que le café, je me serais probablement lassée. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens autour.

Les baristas, les torréfacteurs, les artisans. Leurs parcours, leurs choix, leurs hésitations parfois. Et tous ces petits lieux qui deviennent des points de rencontre.

Finalement, ce n’est peut-être pas si éloigné de ce que j’aimais autrefois. Pas la même musique, certes. Beaucoup moins de pogo, et nettement du meilleur café.

Mais cette sensation qu’un lieu peut devenir autre chose que ce pour quoi il a été créé, qu’il peut devenir un endroit où des gens se rencontrent et où quelque chose circule, ça, je la reconnais.

Faire moi-même

Il reste aussi ce vieux réflexe du do it yourself.

À vingt ans, on coupait nos cheveux, on transformait nos vêtements et on se débrouillait avec ce qu’on avait.

Aujourd’hui, je crée mes contenus, je photographie, j’écris, je teste, je recommence. J’ai lancé mon propre projet à un âge où, théoriquement, on pourrait commencer à penser sérieusement à lever le pied.

Évidemment.

Pourquoi faire simple ?

Je ne suis toujours pas très douée pour suivre les chemins tout tracés.

Et finalement, ça me va plutôt bien.

Et le refus

Lui non plus n’a pas disparu.

Le refus du faux, surtout. Des choses trop formatées. Des discours qu’on répète parce qu’ils sont à la mode. Du contenu qui pourrait parler de n’importe quel lieu, de n’importe quelle personne, de n’importe quel produit.

J’aime savoir qui est derrière. D’où ça vient. Pourquoi quelqu’un a choisi de faire les choses comme ça plutôt qu’autrement.

Peut-être qu’il y a quelque chose de familial là-dedans aussi.

Avant moi, mes grands-parents italiens avaient quitté leur pays pour fuir Mussolini avant de s’engager dans la Résistance en France. Leur histoire n’est évidemment pas comparable à mes petites rébellions personnelles. Mais elle fait partie de moi.

Cette idée qu’on n’est pas obligé d’accepter.

Qu’on peut choisir, qu’on peut faire autrement.

Ce qui reste, finalement

Alors non, je ne regarde pas ma jeunesse en pensant que « c’était mieux avant ».

Ce n’est pas vraiment mon genre.

C’était autre chose. C’était fort, joyeux, bordélique, parfois épuisant, certainement excessif. Et j’ai eu la chance de le vivre pleinement.

Je ne voudrais pas forcément recommencer exactement la même chose aujourd’hui, et mon corps déposerait probablement une réclamation assez rapidement, haha, mais je ne voudrais surtout pas effacer celle que j’étais.

Parce qu’elle est toujours là, dans ma curiosité, dans mon goût des rencontres, dans mon besoin de liberté, dans mon refus de faire comme tout le monde simplement parce que « ça se fait », dans cette envie de fabriquer quelque chose à ma manière, et dans cette capacité à m’enthousiasmer encore.

À vingt ans, ça pouvait être devant une scène, dans un squat, avec la Raya autour de moi.

Aujourd’hui, ça peut être devant une tasse de café, en écoutant quelqu’un me raconter comment il en est arrivé là.

La forme a changé, l’intensité, beaucoup moins.

Et finalement, ce qui reste, c’est peut-être simplement ça : continuer à être curieuse, libre, un peu rebelle, et suffisamment à côté pour voir ce que je n’aurais jamais aperçu en suivant sagement le chemin.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout.

N’hésitez pas à commenter et partager !

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4 réponses à « Ce qui reste »

  1. Avatar de Bruno
    Bruno

    Merci pour ce partage, Barbara 🙏♥️

    Bruno (@trooper_bg)

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    1. Avatar de Barbara

      Merci à toi d’avoir pris le temps d’aller lire 🙂

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  2. Avatar de Michel Perrin
    Michel Perrin

    Salut Madame Chléo ,

    Bravo pour ce chouette texte, et ces belles et douces photos glamours qui ont fait craquer mon petit coeur à une époque guili guili du chemin des louveteaux , au rythme de lovecats. Au plaisir de partager un bon café Nantais, et une bonne fondue dés que possible. Amitié Michel Perrin Saint- Claude Ht Jura michel.pierre.perrin@gmail.com


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    1. Avatar de Barbara

      Hey , quelle surprise ! Je ne sais pas comment tu es tombé sur mon blog, mais ça fait plaisir de te retrouver ici après toutes ces années. Et « Madame Kléo », ça ne me rajeunit pas 😁
      Merci pour ton petit mot 😊 et qui sait pour le café ou la fondue ☕🧀
      Amitiés

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